Tu connais le travail des traducteurs : ils transposent des textes d’une langue dans une autre. C’est grâce à leur travail que tu peux lire un roman américain, un conte traditionnel congolais, un article d’un journal saoudien ou un rapport de recherche scientifique japonais sans connaître la langue de l’auteur! Les traducteurs permettent à l’information, à la science et à la culture de franchir les frontières linguistiques.
Les traducteurs juridiques sont des spécialistes. Tu l’auras deviné : ils traduisent des textes juridiques. Et pourquoi leur faut-il se spécialiser pour faire cela? Simplement parce que les juristes utilisent un vocabulaire spécifique à leur travail, vocabulaire qui prend du temps à être apprivoisé. Certaines personnes disent même que le langage juridique est une langue à part entière… Mais encore une fois, pourquoi?
Premièrement, certains mots ne sont en usage que dans ce langage. Par exemple, le mot
emphytéose désigne un type de contrat de location très particulier. Pour traduire ce mot dans une autre langue, il faut d’abord bien comprendre ce qu’il signifie en français!
Deuxièmement, dans le langage juridique, certains mots ont un sens différent de celui qu’on leur donne habituellement. Par exemple, tu sais qu’une
prescription est un billet rédigé par un médecin pour que son patient puisse obtenir un médicament qui n’est pas en vente libre. Mais savais-tu qu’en droit le mot
prescription désigne un délai maximal pour faire valoir un droit, sa« date d’expiration », en quelque sorte? Il est donc essentiel de comprendre le sens qu’a un mot dans un contexte donné pour pouvoir le traduire dans une autre langue.
Finalement, comme toutes les langues possèdent leur propre vocabulaire juridique, certains termes de droit n’ont pas d’équivalent dans une autre langue. Ceci est un problème particulièrement important au Canada, où il existe deux systèmes juridiques. En effet, le Québec fonctionne en bonne partie sous le régime du droit civil, qui est originaire de la France. Par contre, le reste du Canada utilise la
common law, qui puise ses origines dans le droit anglais. Tu vois déjà le problème : il n’y a même pas d’équivalent exact en français du terme
common law. Les deux systèmes juridiques en place au Canada étant très différents à certains égards, chacun d’eux utilise des concepts particuliers qui ne se retrouvent pas dans l’autre système. Il arrive aussi qu’il n’existe aucun terme pouvant exprimer l’un de ces concepts dans une autre langue. Bien sûr, ce genre de difficulté ne se présente pas seulement en traduction juridique.
Les traducteurs juridiques travaillent à toutes sortes de documents : contrats,
lois,
jugements, ouvrages juridiques, testaments, etc.
Ils sont généralement spécialisés en traduction d’une langue vers une autre. Au Canada, le besoin pour la traduction de l’anglais vers le français et du français vers l’anglais est particulièrement important parce que le pays est bilingue. Cela signifie que tous les documents juridiques officiels produits par le gouvernement fédéral, ainsi que les jugements de certaines cours, doivent être disponibles dans les deux langues.
Et les interprètes judiciaires dans tout ça?
Tandis que les traducteurs modifient la langue des écrits, les interprètes expriment dans une autre langue ce qui est dit oralement. Par exemple, tu as sans doute déjà remarqué que, à la Chambre des communes ou aux assemblées de l’ONU, les représentants ont souvent des écouteurs sur les oreilles. Eh non, ce n’est pas parce qu’ils écoutent de la musique quand ils trouvent les débats trop ennuyeux! En fait, lorsque quelqu’un parle dans une langue qu’ils ne comprennent pas, un interprète traduit simultanément ce qui est dit dans une langue qu’ils connaissent; cette traduction est diffusée électroniquement.
Les interprètes judiciaires aident leurs clients à comprendre ce qui se passe à l’occasion de diverses procédures judiciaires et administratives. Ainsi, un interprète judiciaire peut glisser à l’oreille de son client ce qui est dit pendant un procès. Il peut également aider les parties à se comprendre au cours d’une négociation ou d’une rencontre entre un demandeur d’asile et son avocat.
Certains interprètes sont spécialisés en langage des signes. En utilisant des gestes universellement reconnus, ils permettent aux personnes malentendantes de suivre ce que d’autres gens disent.
Tout comme leurs collègues traducteurs, les interprètes judiciaires doivent connaître le vocabulaire et les conventions du milieu juridique. L’interprète a cependant moins de temps pour trouver le mot juste que le traducteur, puisqu’il doit souvent faire son travail en temps réel. Il n’a donc pas le temps de fouiller bien longtemps dans son dictionnaire!
Où travaillent les traducteurs juridiques et les interprètes judiciaires?
Un des plus grands employeurs de traducteurs (au monde!) est le Bureau de la traduction du gouvernement fédéral. C’est qu’au Canada toutes les lois et publications officielles doivent être présentées dans les deux langues officielles.
Le gouvernement du Québec, qui est soumis à la même obligation que son pendant fédéral, engage aussi des traducteurs. Bon nombre de ces professionnels travaillent également dans des cabinets de traduction qui offrent leurs services aux avocats et aux autres membres de la communauté juridique. Bien sûr, il demeure possible de travailler à son compte comme pigiste.
Les interprètes judiciaires doivent se déplacer souvent afin de se trouver là où l’on a besoin d’eux. Leurs services peuvent être requis dans un cabinet d’avocats, une cour de justice ou pendant une réunion d’affaires. Ils peuvent travailler dans une firme spécialisée en traduction, pour le gouvernement, pour une grande société privée, pour des médias ou encore à leur compte.