La mémoire étant une faculté qui oublie et les paroles pouvant facilement s’envoler, comment fait-on pour s’assurer que ce qui a été dit au cours de divers échanges ne soit pas déformé par le temps? On met tout par écrit! Oui, tout. Dans le domaine judiciaire, cette tâche revient aux sténographes officiels, qui, en accomplissant celle-ci, ne peuvent se permettre de manquer un seul mot.
Tu as sûrement déjà dû prendre des notes de cours. Probablement que, pour t’aider à tout noter, ton enseignant parlait lentement, écrivait les concepts importants au tableau et était prêt à répéter une explication lorsque tu n’avais pas eu le temps de tout transcrire ou que tu avais raté un mot. Et pourtant, à ces moments-là, tu n’avais pas à noter chaque mot qui sortait de la bouche de ton prof, seulement les idées importantes! Alors imagine à quel point le travail de sténographe officiel peut être complexe. Personne ne parle lentement pour aider le sténographe et personne ne lui écrit les mots compliqués au tableau! De plus, il ne peut pas demander aux gens de répéter leurs propos, et il doit transcrire exactement et précisément ce que chacun dit.
De nos jours, compte tenu de l’avancement de la technologie, on ne fait généralement plus appel aux sténographes pour transcrire« en direct » les paroles des personnes présentes à un procès. En effet, les salles d’audience sont aujourd’hui équipées d’un système d’enregistrement audio (elles sont truffées de micros, autrement dit!). Est-ce que cela signifie pour autant que les sténographes n’ont désormais plus d’utilité? Pas du tout! Entre autres, les services des sténographes demeurent requis pour les interrogatoires hors cour (qui se déroulent avant le procès) ainsi que pour transcrire les cassettes audio d’un procès (lorsqu’une partie conteste la décision du juge devant une autre cour). Exceptionnellement, il pourrait arriver qu’un sténographe soit appelé à transcrire« en direct » certains procès plus informels qui ne sont pas enregistrés (comme l’arbitrage en droit du travail).
Pour réaliser son mandat, le sténographe utilise un langage spécial qui lui permet d’écrire plus vite que ne l’autorise le français écrit usuel. Il se sert ainsi de« codes phonétiques » : des symboles qui lui permettent de représenter un son oral sur papier… ou plutôt sur écran. Vingt-et-unième siècle oblige : ordinateur avec clavier spécialisé et logiciel de transcription sont les outils premiers du sténographe. Cette informatisation accélère et améliore grandement le travail du sténographe officiel.
Voici en résumé ce que doit faire le sténographe officiel dans l’exercice de ses fonctions.
La copie finale s’appelle la transcription sténographique. Il s’agit d’un document très important, puisque c’est à celui-ci qu’on donne priorité quand on se réfère aux témoignages qui y sont transcrits. Prenons l’exemple d’une poursuite pour atteinte à la réputation. Marika accuse son ex, Jim, d’avoir mis en ligne un site Web qui répand de fausses rumeurs à son sujet. Lors d’un interrogatoire hors cour, Jim a admis avoir volontairement porté atteinte à la réputation de Marika. Le hic, c’est qu’au procès il change son fusil d’épaule et nie avoir fait une telle déclaration. En se servant de la transcription sténographique, l’avocat de Marika pourra prouver que Jim a bien tenu ces paroles.
Pour cette raison, les parties doivent pouvoir compter sur la fiabilité, la neutralité et l’impartialité du sténographe. Quand une personne devient sténographe, elle fait le serment de toujours produire des documents sténographiques fidèles et exacts. Les sténographes officiels sont ainsi les seules personnes autorisées à produire des copies écrites officielles de ce qui est exprimé oralement au cours des procédures judiciaires.